OGM : “On ne met pas les Français en mesure de survivre sans pathologies”

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Faites-vous partie de ceux qui, aujourd’hui, sont convaincus de s’empoisonner à mesure qu’ils se nourrissent ? De votre côté, les arguments imparables sont légions, sortis en rafale à travers des documentaires de plus en plus nombreux.

Une petite voix qui s’élève progressivement depuis dix ans jusqu’à se mettre à crier dans les rues sa rage face à l’industrie agroalimentaire. De votre côté encore, des études scientifiques choc telles celles du professeur Séralini.

De l’autre côté de l’échiquier, les pions noirs opposent à votre légitime révolte une longue tradition d’agriculture ultra-moderne, insérée dans un jeu économique complexe qui permet à chacun d’exiger des tomates en hiver ou des mangues à bas prix.

Ce sont aussi des grands instituts garants de votre santé qui vous demandent de circuler, il n’y a rien à voir. Ce sont enfin des groupements d’intérêts des grands fournisseurs de nourriture transformée qui décrédibilisent à mesure qu’elles sortent vos informations scandaleuses.

Êtes-vous un “alarmiste” ou seulement “conscient” ? Pour le savoir, nous avons assisté à la conférence de Joël Spiroux de Vendômois, président du – le laboratoire auteur de l’impitoyable étude sur les risques des – mercredi 13 novembre 2013 à Quetigny.

Un homme averti en vaut deux : “Découvrir puis comprendre et agir”

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“Avez-vous regardé Envoyé Spécial sur Antenne 2 concernant les saumons OGM?”… Pardon, France 2. Hochement général de la tête. La conférence s’ouvre sur un phénomène qui gagne en importance : la diffusion et la consommation de documentaires d’alerte sur l’opacité de l’industrie agroalimentaire et ses liens étroits avec le monde de la chimie. Via internet, les diffusions publiques, ou les cinémathèques associatives, l’information indépendante passe et inonde les milieux engagés de France. Parmi les réalisateurs phares du film d’investigation, Marie-Monique Robin et parmi les émissions acérées, Envoyé Spécial ou Cash Investigation.

“Découvrir, puis comprendre et agir”, c’est la clé, selon le docteur Spiroux de Vendômois, médecin généraliste, homéopathe, acupuncteur, adepte de médecine traditionnelle chinoise – jusqu’au col mao de sa chemise blanche. Découvrir, à travers les progrès de son laboratoire, par exemple, que les sont d’importants perturbateurs endocriniens, capables une fois combinés entre eux à très faibles doses, de provoquer tumeurs précoces et plus fréquentes, risques pour la fertilité de toutes espèces. Il s’agit ensuite, selon lui, de comprendre l’interdépendance complexe de ce qui constitue notre environnement, comprendre que chaque faux pas touche la chaîne alimentaire dans sa totalité et la rend malade.

Agir, c’est selon le médecin, faire des choix qui ont un impact. “Consommez autrement, votre pouvoir, c’est celui de la carte bancaire. Les producteurs sont bien obligés de suivre la demande.” Agir, pour d’autres écolos, cela peut vouloir dire risquer sa liberté. En témoigne l’emprisonnement des 30 activistes de Greenpeace en Arctique pour leur action contre la plateforme pétrolière exploratrice du groupe écossais Cairn Energy. En témoigne l’arrestation de militants du droit des animaux, ces écolos, nouveaux ennemis politiques de l’Amérique, selon le journaliste Will Potter.

Spiroux : “Je ne suis pas un extrémiste”

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Si les propos du docteur Spiroux de Vendômois sont tranchés et sujets à polémiques – avec notamment la très contestée publication sur la toxicité du RoundUp (Monsanto) et des OGM – il ne se considère absolument pas comme un extrémiste. D’ailleurs son terrain de lutte se situe sur un domaine loin d’être à contre-courant. L’activité de laboratoire – même si elle est dans son cas un poil à gratter pour les lobbies des produits phytosanitaires – est largement soutenue par la grande distribution et les PME, soucieuses de connaître l’impact de leur activité sur l’environnement. Soucieuses aussi de connaître les futures tendances de la consommation.

Devront-ils se lancer dans l’industrie du bio ? Réinventer le monde du profit sans les OGM si ces derniers devaient finalement s’avérer toxiques à grande échelle et sur le long terme ?

Contrairement au segment de l’industrie pharmaceutique, le Criigen se positionne en amont de la maladie – suivant les préceptes de la médecine traditionnelle. “En Occident, nous avons une vision pasteurienne de la maladie, il n’existe pas un système de santé en France, mais un système de soin. On ne met pas les Français en position de survivre sans pathologie”. Le médecin ne veut pas de cette “société schizophrène qui favorise les pathologies et s’étonne de devoir dépenser pour les soigner”. Le Criigen s’apprête dans cet ordre d’idée à publier les résultats de ses récentes découvertes sur les cocktails de plantes détoxifiantes…

Commencer par soi-même

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Si le Criigen cherche à lutter sur le même terrain que les grands laboratoires qui valident et vérifient aujourd’hui les dosages maximum de produits phytosanitaires dans l’alimentation européenne, il n’est pas “antisystème”. Il répond à un besoin d’information dans un monde inquiet. La transparence, les citoyens la réclament même si elle doit révéler l’irresponsabilité humaine ou la fin des haricots.

Quitte à devoir se poser des questions tragiques comme celle entendue dans l’assistance : “Maintenant qu’on est tous intoxiqués… Que devons-nous faire?”

“Menez une vie saine”, dit simplement le président du Criigen. “Manger bio n’est pas une nouveauté. Avant la révolution industrielle, l’humanité entière mangeait bio”, rappelle-t-il. “Pratiquez une activité physique régulièrement pour rester en forme et développer des défenses immunitaires”, “Mangez moins, mais choisissez mieux vos aliments, qu’ils soient de qualité et qu’ils soient bons au goût – c’est un principe très important pour le bien-être en médecine chinoise”, “Pour les femmes enceintes, ne portez aucun cosmétique, les bons médecins vous le diront”, “Faites en sorte que votre maison soit saine – dépourvue de substances chimiques volatiles”.

Qui osera, parmi le public – conquis -, changer ses habitudes ? La salle repart en voitures individuelles. On ne se refait pas.

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