En Côte-d’Or, toujours pas d’accord sur le travail dominical

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Il y a un an tout juste, comme dix ans déjà, les syndicats de salariés et du patronat fêtaient ensemble la signature de l’accord annuel sur l’ouverture dominicale des commerces en Côte-d’Or…

Mais cette année, pas de petits-fours dans les locaux de la Chambre de commerce et d’industrie. Les fêtes de Noël approchent, et patrons et salariés ne sont toujours pas parvenus à trancher sur le nombre de dimanches qui seront ouverts durant le mois de décembre.

L’ouverture dominicale, une question de plus en pregnante dans notre société, sur laquelle cinq organisations syndicales ont souhaité alerter mercredi 13 novembre le président du Grand Dijon

Quand les patrons “surenchérissent”

En France, il est interdit aux commerces d’ouvrir leurs portes le dimanche… Sauf dérogations. C’est au maire de la ville d’autoriser les ouvertures exceptionnelles, dont le nombre est plafonné à cinq dimanches par an – souvent ceux de décembre, où le potentiel commercial est le plus élevé.

Alors zéro, deux, quatre ou cinq dimanches ? Lorsqu’on est maire, pas facile de trancher entre les prérogatives des syndicats et les requêtes pressantes des commerçants. Depuis 2002, la Chambre de Commerce et d’industrie de Côte-d’Or, jouait le rôle de médiateur entre patronats et syndicats de salariés afin “d’éviter la foire” et de parvenir à un compromis – souvent deux dimanches. Et tout le monde était content, puisque les disparités de législation entre les communes d’une même agglomération étaient ainsi évitées.

Mais cette année, il n’en fut rien. Les syndicats CFDT, , , et CFE-CGC demandaient comme auparavant deux dimanches seulement. Une “concession”, voire un “effort par rapport à zéro dimanche”, de l’avis du délégué Franck Ayache. Mais de leur côté, et voulaient plus. Cinq dimanches pour le Medef, quatre pour la , qui en demandait habituellement trois. Pas de négociation possible, accord rompu.

“En agissant ainsi, leur unique but est de faire exploser l’accord”, dénonce Sandrine Mourey, secrétaire générale de la CGT Côte-d’Or. “On ne modifie pas un accord qui vaut depuis dix ans sur du vent !”. Une rupture qui prend source dans un contexte national particulièrement tendu sur la question du dimanche. Les grandes marques d’ameublement et de bricolage, notamment en région parisienne, demandent une généralisation de l’ouverture dominicale. Une position par ailleurs soutenue par le Medef : Son président, Pierre Gattaz, souhaite depuis plusieurs mois que la loi soit modifiée pour autoriser le travail le soir et le dimanche.

Le dimanche, une question avant tout sociale

“Ils font valoir qu’il s’agit d’une demande des commerçants. Certes, mais allez interroger les salariés : les enquêtes montrent que 80% ne souhaitent pas travailler le dimanche !”, affirme Édouard Guerrero, secrétaire général FO 21. Inquiets pour la pérennité de l’accord, les cinq syndicats de salariés sont donc allés frapper à la porte du président du Grand Dijon pour l’encourager à guider les maires de l’agglomération vers un nombre de dérogations commun, limité à deux dimanches.

“Il n’y a pas d’élément tangible, vérifié qui justifie l’ouverture d’un troisième dimanche”, répétait Sandrine Mourey à la sortie de cet entretien. Selon elle, l’amplitude d’ouverture des magasins est déjà suffisamment large aujourd’hui, et les ouvertures supplémentaires ne dynamisent pas, mais “décalent” simplement les ventes.

“C’est un vrai hold-up de la vérité. Au lieu de dynamiser l’économie, on va la dynamiter”, reprend Olivier Davanture pour Force ouvrière. “Le jour où tout le monde travaille sept jours sur sept, qui va être dans les magasins ?”

Et les questions rhétoriques fusent dans la bouche des syndicalistes : “Pour les femmes seules, qui va garder les enfants le dimanche ? Carrefour est-il prêt à ouvrir une crèche d’entreprise dominicale ?”. Ou encore, plus philosophique, mais non moins pertinent : “Une société de progrès est-elle soumise au travail permanent ?”

Car c’est bien là le point de vue des syndicats, qui affirment par là veiller au bien-être des salariés : “Il ne reste plus aux salariés qu’une seule journée pour se reposer et avoir accès à la culture”.

Le Grand Dijon tranchera-t-il ?

Autrefois religieuses, le dimanche a toujours suscité des préoccupations sur notre mode de vie et notre idéal social. Des questions chères à Juliette Deharo, représentante de la CFDT en Côte-d’Or : “Faut-il voir la vie uniquement ciblée sur la consommation ?”, interroge-t-elle également à la sortie de l’entretien avec Nathalie Kœnders, déléguée au commerce à la ville de Dijon.

Pour les syndicats, il faut donc “protéger” cette journée sacrée du dimanche. “Si on la banalise, les salariés ne seront plus protégés et il n’y aura plus d’augmentation de salaire ce jour-là”.

Confiants, les représentants syndicaux espèrent que leur avis pèsera sur l’orientation que donnera le Grand Dijon aux maires. Pour l’heure, ce dernier affirme avoir entendu leurs volontés et se positionnera dans les jours qui suivent. Absent à la rencontre, François Rebsamen affirmait dans le même temps en direct sur BFM TV être “sensible aux problèmes des artisans et des commerçants”.

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