Des “classes vides” pour boycotter la réforme des rythmes scolaires (lowcost)

Photo Jonas Jacquel

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Les parents d’élèves de maternelle et de primaire ont décidé de se réunir ce matin dès 10h30 devant les grilles de la mairie de Dijon pour faire entendre leur voix. À les entendre, la , tant attendue, ne remplirait vraisemblablement pas son contrat.

Alourdissement des journées, manque de personnel qualifié pour encadrer des groupes bien trop importants, activités réservées à un petit nombre d’élèves et créneaux trop courts, les adultes s’arrachent les cheveux.

Entre l’APC et le TAP, ils en perdent leur latin. Pour tirer la sonnette d’alarme, ils ont donc décrété une action de boycott national ce mercredi 13 novembre : l’opération “classes vides”. Elle sera suivie demain par une grève des enseignants.

Tromperie sur la marchandise

“Réformer la scolarité oui, mais pas au rabais. On veut qu’ils tiennent leurs promesses avec de vrais professionnels.” Sur le papier (ou plutôt sur le site dédié aux parents), la réforme a l’air très bien. Des activités diversifiées sont proposées aux enfants, le champ des possibles s’ouvre aux encadrants qui sont bien entendu des animateurs formés ayant de l’expérience.

“Sauf que concrètement, ce n’est pas ce qui se passe.” Yasmine est une jeune mère de deux enfants scolarisés à l’école maternelle de Champollion à Dijon. Elle dénonce la faiblesse de l’encadrement, elle qui a demandé le décompte des groupes d’enfants présents pour le TAP (Temps d’activité périscolaire) depuis la rentrée de septembre.

“On peut constater que cela varie : parfois cinquante, parfois soixante enfants, voire un peu plus. À plusieurs reprises, les taux d’encadrement ont été dépassés : c’est-à-dire que légalement, les encadrants n’étaient pas assez nombreux, même après le décret d’août (contesté par le Conseil d’État) qui élargissait ce taux d’encadrement.”

Le nombre, mais aussi la qualité des intervenants la font tiquer : “Nous ne savons d’ailleurs pas vraiment d’où ils viennent – ont-ils de l’expérience ou pas, pour une grande partie ce n’est pas le cas. Selon leurs propres mots “ils apprennent sur le tas”.

“Du bricolage à moindres frais, voilà ce qui nous dérange”

Photo Jonas Jacquel

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Le périscolaire devait donner sa chance à tous les enfants, donner accès à des activités culturelles, sportives et artistiques, “sauf que ça devient de la garderie, alors que ce n’est pas ce qui a été promis. Une absurdité : on propose le TAP aux tout-petits alors qu’ils n’ont pas leur place là-dedans, c’est trop bruyant. Ce n’est pas bon pour eux. S’il fait froid ou s’il pleut, les élèves sont regroupés dans une salle où ils manquent d’espace.”

“À Champollion, continue Yasmine, est proposée une activité “Contes imaginaires”. Une intervenante vient une fois par semaine, et ne prend en charge que 10 enfants sur les 50 ou 60 inscrits au TAP. Pour les autres, il faut autre chose. S’il fait beau, les enfants joueront dans la cour, les animateurs tentent de faire ce qu’ils peuvent avec les moyens qu’on leur donne.”

De leur côté, les personnels enseignants et encadrants s’organisent. Le syndicat SUD-Education dénonce une réforme “bâclée, imposée sans moyens nécessaires” et appelle à la grève le 14 novembre. Le FSU-Snuipp lui emboîte le pas : ” Rythmes mal adaptés, désorganisation des écoles, confusion entre le scolaire et le périscolaire, élèves désorientés et fatigués, dégradation des conditions de travail des élèves et des personnels faute de moyens…”.

Bref, le ras-le-bol est palpable. D’autant que c’est non seulement la forme des élèves et des profs qui serait mise à mal… mais c’est aussi un des principes fondateurs de l’école républicaine qui est remis en question… L’égalité d’accès à l’éducation de tous les citoyens.

Total aide la République

La réforme est accusée de créer de l’inégalité géographique et sociale entre les écoles et l’accès dont elles disposent dans les gymnases proches, les structures culturelles, etc. À Paris, les écoles peuvent par exemple bénéficier du rayonnement d’un conservatoire, tandis qu’un village aura du mal à mobiliser ce genre de ressources.

Et puis, les parents redoutent que les petits groupes d’accès aux activités soient sélectifs et donc clivants. SUD-Education aussi : “Des inégalités territoriales accrues entre communes riches et pauvres, rurales et urbaines, entre quartiers d’une même agglomération, mais aussi des injustices sociales aggravées avec des services payants et/ou sélectifs”.

Le même syndicat pointe du doigt un accord noué entre le gouvernement et la plus grosse entreprise française, le pétrolier Total, sous l’ère Sarkozy en 2009. Le géant de la pétrochimie apportera plus de 16 millions d’euros aux projets portés par des associations dans le cadre de la réforme scolaire. Grand mécène, l’action de Total allège le fardeau financier de l’État en même temps qu’il décomplexe le désengagement de la République dans l’instruction de ses enfants. L’entreprise – dont l’image souffre de quelques écornuresaura-t-elle un droit de regard sur l’éducation des futurs élèves ?

Après tout comme vante leur publicité : “Notre énergie, c’est votre énergie”

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