Les éleveurs veulent un bœuf aux petits oignons

Photo Jonas Jacquel

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La Bourgogne est productrice d’une viande de haute qualité, et pourtant, elle en profite à peine. Après les consommateurs, déroutés et furieux contre un système prêt à leur faire manger à peu près n’importe quoi – du fait du manque de traçabilité de la viande, c’est désormais au tour des éleveurs de taper du poing sur la table. Quitte à secouer les plus gros convives…

De la viande pas chère

“Ce qui est en train de se passer aujourd’hui est fort regrettable, on voit bien que c’est en train de dérailler pour des questions de prix”, déplore publiquement Jean-Pierre Fleury, président de l’interprofession bétail et viande. Il a pris le micro sur le stand installé à la foire vendredi 8 novembre 2013, le lendemain d’une opération fructueuse menée dans la grande distribution.

“Hier soir, un certain nombre de nos collègues agriculteurs est allé faire un petit tour dans les enseignes dijonnaises et nous a relaté avec effroi la quantité de viande d’importation qui rentrait en ce moment, en l’occurrence en Côte-d’Or et à Dijon”, relate-t-il brièvement. “Ils ont trouvé à Dijon, capitale de la gastronomie, de la viande de Lituanie, d’Australie, du Royaume-Uni, d’Irlande, d’Espagne, des Pays-Bas et je dois en oublier, c’est un phénomène extrêmement inquiétant depuis quelques mois, on a l’impression que pour la grande distribution c’est une démarche de facilité, notamment à travers le prix, au détriment des viandes françaises.”

Mac Do dans le viseur

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Dominique Girard, Jean-Pierre Fleury et Régis Taupin, sur le stand de l’Interveb – Foire de Dijon.  Photo Jonas Jacquel

“Ce qui s’est passé ne va pas dans le sens de notre filière !” ,martèle le président de l’Interbev. “On a dans le collimateur le groupe Mac Donald’s qui fait de la publicité du matin au soir pour dire que 70% de sa viande est d’origine française, or c’est l’inverse, nous avons constaté depuis plusieurs semaines que 70% de sa viande provenait d’importations. Il faut que tout le monde se ressaisisse, l’ensemble de la filière viande française dans toute sa composante est en danger”.

“Ce qui est très important pour nous, éleveurs, c’est que nos enfants puissent consommer dans leurs lycées et collèges de la viande locale”, insiste Régis Taupin, président de l’association Charolais de Bourgogne et éleveur nivernais. Car chez nous, le bovin “est élevé dans des paysages verdoyants, bocagers, selon des pratiques qui ne ressemblent pas aux autres. Les animaux mangent de l’herbe. On valorise l’herbe, en Bourgogne, nous possédons 700 000 hectares de prairie, pour 500 000 vaches”.

Pour valoriser la filière locale, marketing oblige, une marque Charolais a été créée en 2005, elle a vendu environ 500 tonnes de viande jusqu’à aujourd’hui dans 60 magasins – et, signe de succès, a doublé sa production ces 3 dernières années.

Des initiatives telles que l’achat du “steak haché de Charolais” (30 tonnes vendues l’an dernier et un objectif de 50 cette année) et le “Bœuf bourguignon de Charolais” (déjà 3 tonnes vendues) ont été soutenues par les collectivités dont le Conseil général de Côte-d’Or, responsable des collèges du département. Pourquoi importer quand la Côte-d’Or dispose de tous les ingrédients, demande Dominique Girard, conseiller général du canton d’Auxonne. “Une viande de qualité (le Charolais), du vin (nous avons la filière!), des petits oignons et des carottes (issus du canton d’Auxonne)!”

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