Dracy-Chalas, le village “qui a le plus d’étrangers au monde”

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Dracy-Chalas est petit hameau de Viévy, aux portes du Morvan qui possède une particularité bien singulière. Pour ses quelque 50 habitants, on ne compte pas moins de 12 nationalités différentes. Autrichienne, russe, anglaise, tunisienne, thaïlandaise, tahitienne, polonaise, allemande, yougoslave, hollandaise, espagnole, et, bien sûr, française. Le hasard des choses à créé un melting-pot incroyable dans ce petit village du fin fond de la Côte-d’Or.

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Photo Jonas Jacquel

Vous vous rappelez peut-être de Yana, cette jeune femme russe qui vient d’accéder à la nationalité française et dont nous avions, avec d’autres, retracé le parcours. C’est bien ici, à Dracy-Chalas, qu’elle est venue s’installer avec son mari et ses deux filles, complétant ainsi la communauté internationale hétéroclite du village. “Tout le monde s’entend bien”, assure la jeune Russe, en faisant couler dans une tasse un café à la turque. “Le mélange des cultures créé une vraie tolérance”. D’un côté, habite un couple formé d’un Tunisien et d’une Thaïlandaise. De l’autre, une Autrichienne et un Anglais. Un voisinage pour le moins cosmopolite.

“J’ai mis mon doigt au hasard sur une mappemonde”

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Photo Jonas Jacquel

Harm Van Der Lindl s’escrime sur sa voiture, devant sa maison de moellons nus. C’est un Hollandais fort enthousiaste et sympathique, même si son joyeux mélange de français et de néerlandais n’est pas complètement compréhensible. Après avoir travaillé dans des dizaines de pays différents en Europe et à travers le monde, il a choisi Dracy-Chalas, avec sa femme, Caroline, qui est Tahitienne en “mettant son doigt au hasard sur une mappemonde”. Il découvre, dans ce coin de campagne reculé, les joies de l’administratif français avec la construction de sa maison.

Thérèse, 79 ans, est née et a toujours vécu dans la petite maison qui jouxte l’ancienne ferme de son mari, à Dracy-Chalas. Elle tricote avec sa sœur, Jeannine, qui habite quelques kilomètres plus loin, en Saône-et-Loire. Elle se souvient de l’arrivée des premiers voisins étrangers, “il y a une dizaine d’années”. D’ailleurs elle ne les “considère pas comme des étrangers”. “Ils ont amené de la vie dans le village”, dit-elle.

Écoutez ici Thérèse et Jeannine

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Photo Jonas Jacquel

Le sombre avenir des campagnes françaises

Les enfants ont fuit vers les villes et peu à peu les fermes se sont vidées pour être à l’abandon. Des maisons qui se sont retrouvées en vente, prêtes à attirer des urbains ou des étrangers en quête d’authenticité. Le hasard seul explique la concentration exceptionnelle de diversité de Dracy-Chalas, mais le terreau était là. Cette nouvelle génération d’habitants freine un peu l’hémorragie démographique de ces petits villages quasi à l’agonie. Mais ils ne font pas revivre la vie de village d’antan dont Thérèse et Jeannine parle avec autant de nostalgie. “Ils ne peuvent pas”, déplorent-elles.

Écoutez ici Thérèse et Jeannine

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Photo Jonas Jacquel

Le hameau Dracy-Chalas est-il une utopie ? Un village qui, pour aussi isolé qu’il soit, voit ses vieilles bâtisses rénovées par de jeunes couples de multiples cultures. Si la vie sociale du village, progrès technologiques et raréfaction du travail obligent, ne retrouvera pas l’intensité, parfois fantasmée, d’un autre temps, on pourrait espérer un second souffle, une nouvelle vie, pour la campagne française.

Malheureusement, “le village qui a le plus d’étrangers au monde” semble être une exception, l’irréductible, alors que tous autour se vident doucement.

Les commentaires sont clos.

  1. Merci Nicolas de cet article réjouissant ! Balzac disait de Paris “la ville du cosmopolite”, tu nous parles du village du cosmopolite !
    La conclusion amène le doute et j’ose me dire : que bien des villages qui se vident actuellement vont se remplir à nouveau avec une société se tournant vers les circuits courts ! et la mixité heureuse !!

    Phil le lundi 11 novembre 2013 à 12h55

  2. Savoureux reportage, et excellente idée que ces extraits audio !

    Zoé Zaam le vendredi 15 novembre 2013 à 13h20

  3. dommage que ce journaliste ne respecte pas les rendez vous qu il prend et ne daigne téléphoner pour s excuser

    georget le samedi 16 novembre 2013 à 21h10

  4. La rédaction du Miroir Mag

    Cher lecteur,

    Nous accordons la plus grande attention à garder de bonnes relations avec nos témoins et nos sources, particulièrement sur des reportages comme celui-ci, sur le quotidien de nos concitoyens, où “vous” êtes et faites l’information. J’en profite au passage pour remercier encore une fois les habitants de Dracy qui nous ont laissé entrer chez eux, sans aucune réserve, pour leur accueil.

    Pour autant, les conditions de certains reportages nous amènent à multiplier les prises de contact pour nous assurer assez de rencontres, entre les refus et les indisponibilités naturelles. Il est ainsi possible que j’ai omis d’honorer un rendez-vous, et je m’en excuse par avance.

    Je ne peux pas vous en assurer, puisque je ne connais pas votre identité ni l’occasion où nous avions convenu d’une rencontre. Mes coordonnées étant disponibles sur notre site (nicolas [at] miroir-mag.fr), je vous invite à me contacter en privé, si vous souhaitez de plus amples explications.

    Merci de l’intérêt que vous portez au Miroir et dans l’espoir de pouvoir se rencontrer à une autre occasion.
    Nicolas Boeuf.

    La rédaction du Miroir Mag le dimanche 17 novembre 2013 à 17h21

  5. Merveilleux reportage

    Dijon Autrement le dimanche 24 novembre 2013 à 13h16