Jamait sublime Guidoni

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” J’aime bien la couleur rose, elle est si triste, c’est la moindre des choses, quand on a l’âme artiste.” Voilà l’œuvre de Jean Guidoni condensé en une citation. Un univers de désespoir couvert d’ironie pour le rendre plus vivable. Un monde décadent, nocturne, apocalyptique. Celui des faubourgs et du moment solitaire où “le dernier métro est parti “.

Alors, quand Benoît Lambert, directeur du Théâtre Dijon Bourgogne, décide d’inviter Yves Jamait dans ce monde – du 7 au 16 novembre 2013 au Parvis Saint-Jean de Dijon -, l’atmosphère subitement devient diabolique. Sur les ruines du monde, dans un décor déstabilisant de dépouillement, Jamait et sa gouaille habitent désormais les textes du chanteur des années 80. Ce Guidoni réincarné, au teint cadavérique ” vivant parmi les morts “, invite de sa voix à pénétrer l’univers de tous les travers de l’Homme dans une ville ” nécropole “. Maléfique, quand il en a la force, il invite son auditoire dans un monde jouissif, sexuel, blasphématoire, assure avec ironie que ” tout va bien “…

Alors que soudain la musique se fait plus calme, remonte le désespoir en l’Homme, reprenant le dessus sur l’être infernal. La hargne, la colère laissent apparaître un être en perdition, dans un monde qui n’est pas le sien, qu’il ne comprend pas et dont, résolument, ” il n’est pas fier “. Comme le disait Guidoni, ” ya de quoi vous faire sauter la pompe à vie ” – sauf qu’il faut à l’esprit garder ce cynique espoir : ” l’indifférence fait vivre “.

, Benoît Lambert, bonjour. Vous avez décidé de jouer le répertoire de Jean Guidoni au théâtre. A quel moment vous-êtes-vous rencontrés, le chanteur et le metteur en scène, autour de cet artiste ?

Yves Jamait : “95% de ma discothèque est française, je suis forcément passé par Jean Guidoni. Sur scène à chaque fois, c’était la grosse claque. C’était quelqu’un qui avait le sens de la scène, qui se maquillait, qui incarnait un personnage chantant des choses absolument inentendables théoriquement, mais à travers son personnage, on pouvait avoir des sujets de chanson complètement inhabituels. ”
Benoît Lambert : ” C’était troublant de rencontrer quelqu’un qui connaissait déjà Guidoni, avant de rencontrer Yves. C’est parce que c’est un texte et un interprète qu’il peut avoir toute sa place au théâtre. Il y a une vraie écriture derrière. Yves n’est pas acteur mais en réalité, il les incarne les chansons. Il est au service d’une autre langue et d’un autre personnage. On est très vite dans la question du théâtre. Les deux, on a été impressionnés par ce travail là, on a eu envie de le montrer.

Comment l’alchimie Guidoni-Jamait a-t-elle pu prendre sur scène ?

Benoît Lambert : En tant que metteur en scène, je me suis dit, il a toute la puissance émotionnelle pour incarner ce personnage. Finalement, c’est exactement comme reprendre un rôle. Cette figure qu’a créée Guidoni, c’est un rôle qui allait avec son texte. On a repris le texte, Yves reprend le rôle, c’est comme si on jouait Hamlet.

Yves Jamait : Le but n’était pas de marcher absolument sur ses pas mais de réincarner. Ce n’est pas une imitation. C’est une relecture, une évocation. C’est librement inspiré de l’oeuvre de Jean Guidoni. Ca nous permet des récréations à l’intérieur. Je dis certains textes qui ne sont même pas chantés par exemple.

Vous n’êtes donc pas fidèles à 100%, qu’avez-vous modifié ?

Benoît Lambert : Il y a des ajouts. Un poème de Jules Laforgue, et puis surtout une chanson d’Yves, qui a une véritable thématique politique, qui résonne fortement avec des thématiques de la pièce,
Jamait : Qu’il a décidé à l’unanimité.

Quels sont les points d’accroche entre Yves Jamait et Guidoni ?

Benoît Lambert : Quelque chose qui a à voir avec une forme de rage, de violence aussi. Qui ne s’exprime pas du tout de la même manière. Je pourrais dire… une énergie. Mais aussi quelque chose de tragique, une fracture, une blessure, une tragédie, et en même temps une lumière qui donne de la force, et non qui plombe. Le spectacle a beau flirter avec des thématiques parfois absolument crépusculaires, il n’est jamais déprimant.

Benoît Lambert : Je voulais faire un objet qui puisse avoir sur le spectateur, l’impact que j’avais reçu, moi, en voyant Guidoni. Quand je me suis assis pour voir Guidoni, je ne savais rien de cette personne que j’allais voir. Et je m’en suis jamais remis, dans le bon sens du terme, ça a été un bouleversement esthétique, musical, littéraire et scénique. Et j’aimerais bien que ça fasse ça à quelques personnes.

Les commentaires sont clos.

  1. Yves, notre beuglant couvre-cheffé anachronique et “standardisé” sort enfin de son personnage. Ouf!

    Dijon Autrement le samedi 23 novembre 2013 à 8h13