Mission humanitaire : Tourisme ou cheminement personnel ?

Mission humanitaire dans le village de Kouma-Konda au Togo | Photo Clément Dodin-Vernizeau

Mission humanitaire dans le village de Kouma-Konda au Togo | Photo Clément Dodin-Vernizeau

Clément ressort de son ordinateur quelques photos. Une anecdote accompagne chacun d’elle. À 20 ans, ce Dijonnais et trois autres étudiants ont quitté, il y a un an, leur salle de cours, pour venir en aide à la population du petit village de Kouma-Konda, en plein cœur du Togo…

Quand on est jeune, on rêve toujours d’aventure. Au coin de sa rue ou au bout du monde… Pour mieux comprendre cette solidarité internationale, l’association organisait Solid’Info, le premier forum jeune de la solidarité internationale sur le territoire régional, le 6 novembre 2013. Avec la volonté de prouver que loin de certains clichés, la solidarité internationale change, sinon la face du monde, du moins l’existence personnelle.

Faire preuve d’ouverture

La société mondialisée et médiatisée met quotidiennement en lumière des peuples dans le besoin. “Ce sont ces injustices qui me poussent vers l’avant”, assure Jean-Éric Fray, consultant en coopération et solidarité internationale. “Lorsque j’ai voulu m’engager, on m’a dit : il faut aller à Hong-Kong, j’ai dit oui. Il faut aller à Madagascar, j’ai dit oui, sans réfléchir”. Selon lui, désormais, il faut dire oui dès que l’on propose quelque chose. “Il faut accepter de devenir responsable de soi-même, il n’y a pas de meilleure preuve d’engagement”.

Clément a lui décidé d’aider la population locale du petit village de Kouma-Konda à lutter contre la déforestation, la malnutrition et ainsi relancer un peu son économie. “L’objectif était de créer et d’agrandir une pépinière locale dans le but de faire pousser des arbres à replanter dans les zones dévastées par la déforestation ou les incendies de forêt”. Avec pour conséquence directe de favoriser le développement de la biodiversité nécessaire à un retour d’une faune disparue.

En parallèle, il a aussi lancé des essais concernant la plantation de fruits et légumes. “Cette activité relance l’économie du village dans le sens où certaines plantations d’arbres et les graines de fruits et légumes sont destinées à la revente à des organismes publics ou des agriculteurs locaux”. Ce voyage, avec trois autres collègues de son IUT situé à Vesoul, il l’a préparé pendant plusieurs mois en multipliant les ventes de produits artisanaux pour financer le voyage, les collectes de médicaments pour l’hospice du village.

Mais parfois, le but est moins avouable…

Touriste et responsable

À 29 ans, Caroline fait partie des déçus de l’humanitaire. Selon elle, il faut plutôt parler de tourisme humanitaire. “On commence à voir d’un mauvais œil que des jeunes occidentaux naïfs et curieux aillent sur des terrains de crise sans formation et aux frais de la princesse”, souligne celle qui a passé plusieurs mois dans des pays africains.

Alors lorsque nous demandons à , coordinateur de Bourgogne coopération, centre de ressources pour la coopération et la solidarité internationales si finalement, la plupart des jeunes ne s’engagent pas dans une mission humanitaire pour s’offrir en quelque sorte des vacances, il hésite puis répond : “Pour moi le terme humanitaire est trop connoté charité, je préfère les mots coopération et solidarité internationale. Et il est possible de faire du tourisme en étant citoyen du monde, en s’engageant dans la solidarité internationale, en ayant une réflexion sur ses pratiques de consommation, auprès des commerces locaux ou des hôtels par exemple”.

Pour Caroline, le problème n’est pas là : “Un jeune qui veut découvrir le monde peut tout simplement voyager, celui qui veut être au contact de la misère n’a qu’à s’agenouiller pour rencontrer quelqu’un qui la subit. Ça peut avoir également une connotation paternaliste et voyeuriste désagréable”.

La solidarité internationale est un moyen de développer les compétences, découvrir la culture, mais aussi booster son CV

Dans la salle de la Maison des sciences de l’Homme, ce jour-là, une classe de lycéens de Chalon-sur-Saône. Encadré par Hugo. Ils sont là dans le cadre des cours, pour préparer un futur voyage humanitaire au Burkina-Faso : “Au départ, ils prennent ça à la légère, ils viennent pour des vacances, mais notre devoir est de les former, de leur faire prendre conscience des enjeux et doucement, les motivations se font jour”. Une quinzaine de lycéens partiront cette année. Ils rencontreront une association de femme maraichère et mèneront un projet de clôture et de maraichage.

Au cours de l’année, ils apprennent, au moyen de jeux et d’activités plus ludiques, le rapport de ces populations à la religion, à la culture,… “Il faut faire prendre conscience aux jeunes que la solidarité internationale n’est pas pompeuse”, ajoute Benjamin Léger. “La solidarité internationale est un moyen de développer les compétences, découvrir la culture, mais aussi booster son CV”.

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