La viticulture, une menace écologique ?

Photo Jonas Jacquel

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Les produits chimiques utilisés par les viticulteurs sont “des cochonneries”. , adjointe à la mairie de Dijon déléguée au cadre de vie, à l’environnement, aux parcs et aux jardins, pointe du doigt les pratiques de la filière viticole, qui “comme toute activité agricole intense, avec l’infiltration d’intrants chimiques, pollue les cours d’eau”.

Une filière qui prend conscience de sa responsabilité écologique. Même si la situation n’a plus rien avoir avec celles des années 80-90, ou l’emploi de produits chimiques était sans commune mesure, des progrès restent à faire.

Produits phytosanitaires, nitrates d’azote, etc. “se retrouvent dans l’eau que vous buvez”, alerte Christine Durnerin. “Ils s’accumulent dans le corps et sont cancérigènes. Cela fait 20 ans qu’on le dit, mais ils sont toujours en vente.” Heureusement, les plus toxiques ont été retirés depuis de nombreuses années. “Mais on en trouve encore des traces, 25 ans après, dans les sols”, soupire Kateryna Pidorenko, chargée de mission développement durable auprès du .

Un impact noté entre 0 et 10

La filière se mobilise pour changer ses pratiques encore trop souvent néfastes pour l’environnement. Kateryna présente un logiciel, au départ créé pour les exploitations agricoles géantes, adapté à la filière viticole qui permet aux vignerons de calculer exactement leur impact écologique. “Tous les critères sont pris en compte, des traitements à la distance de la parcelle vis-à-vis de l’exploitation, la manière de répandre les produits chimiques…” Grâce à une note entre 1 (impact intolérable) et 10 (impact faible voir inexistant), le viticulteur peut ainsi identifier les points forts et les points faibles de son exploitation au niveau écologique.

Malgré l’apparition de tels outils, “beaucoup de viticulteurs ne se rendent pas compte de l’intérêt” d’une démarche écolo, selon Kateryna Pidorenko. “Le métier s’est transformé”, explique Christine Durnerin. “Ce ne sont plus des petites exploitations familiales, mais des entreprises qui doivent générer de la trésorerie. On passe plus de temps derrière un ordinateur à regarder la météo qu’il va faire pour savoir quel produit épandre.”

Photo Jonas Jacquel

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“L’herbe repousse entre les vignes”

Jean-Claude Râteau, viticulteur dans la côte de Beaune est président du Gest, un groupement de 70 professionnels qui recherchent des solutions “là où personne ne veut regarder”. Plutôt que de procéder par “tâtonnement”, ils font suivre leur tentative de nouveaux modes de culture par des chercheurs, ce qui permet d’analyser et de diffuser les résultats. “On cherche avant tout à améliorer la qualité du vin tout en pérennisant le domaine” du point de vue écologique.

“Les choses évoluent, mais très lentement”, reprend Christine Durnerin. “Il y a des viticulteurs très soucieux, vraiment conscients des enjeux. Par exemple, quand je vois repousser l’herbe entre des vignes sur certaines parcelles, je me dis que le viticulteur a dû y réfléchir un peu”. Le domaine de Jean-Claude Râteau est en biodynamie “depuis 20 ans”. “Il y a des progrès de façon certaine, mais je n’ai pas l’impression que tous le vignoble bourguignon est bio”, poursuit Christine Durnerin.

La solution est-elle à chercher par là ? “Je connais des viticulteurs qui font tout en bio et qui arrivent parfaitement à se battre contre les maladies et d’autres qui utilisent énormément de produits chimiques sans y arriver”, raconte Kateryna Pidorenko. Mais, pour elle, avant d’aller vers du 100% bio, il faut d’abord adopter une démarche de rationalisation de l’utilisation des produits chimiques.

La Corne, une rivière de la côte châlonnaise lourdement polluée

Photo Jonas Jacquel

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Le bio, c’est ce que réclame le Ceser de Bourgogne dans la côte châlonnaise. La rivière de la Corne “subit les effets des pollutions d’origine viticoles”. Le rapport explique ” qu’il y a une lourde pollution de sols et des milieux aquatiques environnants, en particulier par les PCB, mais aussi par d’autres polluants”. En conséquence, il demande “qu’un objectif prioritaire soit celui du zéro pesticide, et d’une priorité viticole donnée à l’agriculture bio”. “Il y a dix ans, le vin bio avait une réputation d’immonde piquette”, sourit Christine Durnerin. “Ce n’est plus vrai aujourd’hui. Il y a de très bons vins bio et à des prix tout à fait concurrentiels”.

“Dépolluer une rivière coûte 2,5 fois plus cher que d’en faire la prévention”, explique Kateryna Pidorenko. Pour préserver celles de la côte châlonnaise, le Ceser en appelle à la mobilisation de “l’ensemble des acteurs locaux publics et privés, des vignerons aux collectivités”. Christine Durnerin va plus loin : “C’est la responsabilité de toute la filière agricole de changer de modèle, qui est productiviste. Il faut réfléchir un modèle raisonné, de production locale, mais qui permet dans le même temps aux vignerons de vivre”.

Les commentaires sont clos.

  1. En viticulture, le principe du bio est que les produits phytosanitaires ne pénètrent pas la plante ou le fruit mais restent à la surface. La pluie lave ces produits qui se retrouvent dans le sol et dans les cours d’eau. Puis, les vignes bio sont à nouveau traitées (contrairement aux autres), ce qui fait que la viticulture bio n’est pas moins polluante pour l’environnement, contrairement à ce qui est sous-entendu dans l’article.

    AlBast le jeudi 7 novembre 2013 à 9h02

  2. Pour aller plus loin: “Réseau de suivi des pesticides dans les eaux en région Bourgogne”. Rapport de 2008: http://www.dijon-ecolo.fr/doc-telechargeable/agriculture/pesticides-eau-Bourgogne-2008.pdf

    Une des conclusions: “tous les cours d’eau suivis présentent une contamination à des degrés divers. La contamination est importante en zone viticole et dans une moindre mesure en zone de grandes cultures. Les agglomérations peuvent également contribuer de manière significative à la dégradation de la qualité des cours d’eau.”

    Dijon Ecolo le jeudi 7 novembre 2013 à 18h01

  3. Dans l’article, on semble confondre encore une fois le “bio” et “biodynamie”. La biodynamie, c’est 95% de bio, mais avec 5% en plus d’ésotérisme, d’astrologie et de poudre de perlimpinpin. Attention à l’amalgame.

    Redshift le vendredi 8 novembre 2013 à 16h13

  4. A Al bast : elle vient d’où cette information que “les vignes bio sont à nouveau traitéses contrairement aux autres (les conventionnelles)” ? Expliquez nous svp ! sinon vous paraisez peu crédible.

    Phil le dimanche 10 novembre 2013 à 16h15

  5. Exact, j’aurais dû appuyer mon argumentation. Je travaille dans le domaine et je n’ai pas pu m’empêcher de réagir malgré le peu de temps à ma disposition.
    Donc, un des principes des produits phytosanitaires de l’agriculture biologique est qu’ils restent en surface et ne pénètrent pas dans la plante (ce qui est très bien pour le consommateur du fruit). Je n’ai pas de source fiable, claire et précise sur internet à vous proposer sur ce point, mais vous pouvez voir qu’il existe 3 types de produits : ceux de contact, les pénétrants et les systémiques : http://www.bayer-agri.fr/conseil-phyto-et-agro/mildiou-strategie-de-protection/ ou http://agri.s-d-p.fr/article-25-fonctionnalites-des-adjuvants.html

    Comme l’AB fonctionne par liste positive, je vous encourage à vérifier que chaque produit est de contact (ou à me faire confiance). Voici un longue liste de produits AB (vous verrez la mention “Renouvellement tous les N jours sauf pluie”) et non-AB (“Renouvellement après 20 à 25 mm de pluie” ou “Renouvellement inutile en cas de pluie”) : http://www.loir-et-cher.chambagri.fr/uploads/media/Referentiel_Phyto_2013-CA41.pdf

    Nous pouvons prendre le cas de la bouillie bordelaise (autorisée en agriculture biologique) où est précisé dans cet article wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bouillie_bordelaise (source choisie pour la qualité de sa vulgarisation, mais ses références sont vérifiables)
    “Les traitements sont seulement préventifs, et doivent être réalisés avant la pluie. Ils sont réputés lessivés par une pluie ou une aspersion de 20 à 40 mm selon la formulation du produit. Cela veut dire qu’il faut recommencer le traitement dès qu’il a été lessivé. (…) Si l’année ou le contexte sont humides, dans les 2 cas, il est souvent conseillé de renouveler l’opération 2 à 3 fois (à 15 jours d’intervalle). ”

    Dans le même esprit que l’article wikipédia (ce n’est qu’un blog d’opinion, je sais, mais le cheminement intellectuel est bon) : http://opera3.over-blog.com/article-les-produits-phytosanitaire-bio-vrai-ou-pas-vrai-51876154.html

    Cette source fiable explique très bien l’AB en général : http://www.vignevin-sudouest.com/publications/fiches-pratiques/viticulture-biologique.php mais pas de ses problèmes.

    En conclusion, l’agriculture biologique semble privilégier les consommateurs (pour ne pas leur faire ingérer de substances toxiques), mais elle n’est pas étrangère à la pollution des sols (contrairement à ce que l’article sous-entend). Plus ou moins que l’agriculture traditionnelle ? A analyser, démontrer, comparer, prouver.

    Al Bast le mardi 12 novembre 2013 à 12h52

  6. renseignez vous auprès du SEDARB où une dizaine de techniciens oscultent, font des prélèvements, des analyses ds les vignobles Bourguignons et conseillent les viticulteurs qui veulent se convertir en BIO. ils font un véritable travail de terrain contrairement aux Chambres d’agriculture

    Creczu le dimanche 17 novembre 2013 à 13h32

  7. Très bon reportage.
    Le classement UNESCO sera t-il lié éthiquement à l’excellence environnementale?

    Dijon Autrement le vendredi 21 février 2014 à 17h44