Jeter moins ou… trier plus ?

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Chaque Français jette l’équivalent – en kilos – d’une voiture tous les trois ans. Pour un Bourguignon, c’est tous les deux ans. Le gaspillage ne date pas d’hier. Les années 1960 ont imposé avec leur modernité, un changement majeur dans le mode de vie hexagonal. Intensification de la consommation et production de déchets ménagers en masse sont devenus la norme.

En 40 ans, nos déchets ont doublé de volume, atteignant un pic en 2005 avec plus de 350 kilogrammes de produits jetés par personne et par an. Pas étonnant que l’Ademe tire la sonnette d’alarme cette année-là en mettant au point une campagne intitulée : “Réduisons vite nos déchets, ça déborde !”. En Bourgogne, ce nombre atteint 500 kilos par personne et par an, une donnée préoccupante en constante augmentation.

Dans ce contexte se tient actuellement la Semaine des DEEEglingués (du 1er au 8 juin 2013), une initiative nationale associant municipalités, déchèteries, magasins et associations de recyclage. Elle a pour but d’inciter les particuliers à amener leurs Déchets d’équipement électriques et électroniques (DEEE) vers des centres en vue d’être triés puis recyclés.

Jusque-là, la France incinérait

Depuis quelques temps, les villes, en élèves modèles, ont choisi d’adopter une attitude positive face à ce qui pourrait virer en catastrophe écologique. Tout en gardant malgré tout une idée en tête : surtout ne pas dénigrer le cercle vertueux de la consommation entraînant la croissance.

Elles imaginent alors des solutions modernes, telles que le fameux combiné nordique triage-recyclage-réutilisation des matières issues des Déchets d’équipement électriques et électroniques (D3E), une activité gérée par des sociétés privées. Il était temps, car la France avait accusé un retard de 10 à 20 ans dans le domaine des déchets. Jusque-là, elle préférait l’incinération – polluante.

Or récupérer du matériel obsolète chez les particuliers constitue une manne de matière première très bon marché pour ces entreprises comme Véolia Propreté (ramassage et tri des déchets) installée à Dijon depuis 2011, qui s’appliquent à vanter les mérites du “jeter citoyen”. Une manne, surtout, pour les instigateurs de cet événement, quatre associations de recyclage connectées en arrière-cour à des industriels friands de matières premières peu chères (Voir ici ou ici). A défaut d’inciter les citoyens à réparer et réutiliser. Business is business.

Chercheurs d’or

Tout commence dans un magasin, où l’acheteur a toutes les chances de choisir un objet étudié pour ne pas durer trop longtemps, une pratique un tantinet vicieuse, dénoncée récemment et assez largement par les médias sous le nom d’obsolescence programmée. Après des mois voire des années d’une utilisation courante, le produit casse, passe de mode, déjante ou s’affaisse.

Sans procès aucun, il se retrouve au fond d’une poubelle, au milieu de vieilles compilations ringardes, nez à nez avec un téléphone incompatible avec la 3G, et sous une pile d’emballages de yaourts, pizzas pour n’en citer que quelques uns.

Et puis, conscience écologique du XXIème siècle et battage médiatique obligent, le GPS de papa est ressorti de sa sépulture – avec le téléphone portable. Ils sont conduits vers une usine de traitement, comme celle de Hoboken en Belgique, à 500 km de Dijon, pour être dessoudés, morcelés, écrasés, concassés par le wallon Umicore, nouveau chercheur d’or – il extrait 100 tonnes d’or par an. A moins qu’il ne soit dirigé vers un recycleur français comme Love2Recycle.fr qui les répare et les expédie loin, en Asie.

En France, on n’a toujours pas de pétrole, mais on a des idées… lucratives.

Il existe cependant d’autres moyens de redonner vie à un objet, sans faire tourner la machine infernale du commerce international. En s’adressant tout simplement à un réparateur local – ce qui a pour micro-effet bénéfique de stimuler l’activité alentour.  La liste de ces professionnels locaux est consignée en Bourgogne, dans le très utile annuaire de la deuxième vie des objets, sur le site Ecotidiens21.fr proposé par le Conseil général de Côte-d’Or.

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